Les deux scènes

Les deux scènes

Rizhome, le blog des 2 scènes

Rizhome, le blog des 2 scènes Le blog des 2 scènes

SORTIR DU SPECTACLE VIVANT #5

L’homme de rien

► Sortir du spectacle vivant se fait l'écho de vos impressions, vos ressentis à la sortie d'un spectacle.
N'hésitez pas à nous contacter si vous avez écrit, dessiné, chanté, gribouillé, peint, créé, critiqué... à la sortie de l'un de nos spectacles et que vous voulez le partager avec nous et avec le reste du public sur ce blog.

Nouveau "sortir du spectacle vivant" avec le retour de Pauline, qui tient le blog Cultutruc sur le spectacle L'Homme de rien

Cette semaine j’ai enfin pris le temps de retourner au théâtre, ce qui n’était pas arrivé depuis Pale Blue Dot. Ce fut de nouveau à la Scène Nationale de Besançon, Les 2 Scènes, et comme son nom l’indique elle possède deux scène : L’Espace où je me suis rendue la dernière fois, et le Théâtre Ledoux dans le centre-ville que je viens tout juste de découvrir. Pour je ne sais trop quelle raison, peut-être son architecture extérieure, je m’attendais à un théâtre à l’italienne, et finalement, pas du tout. Sa façade en pierre et ses colonnes m’ont bien trompées, puisque son intérieur est tout ce qu’il y a de plus moderne, et c’est une salle très confortable dans laquelle passée de bons moments au plus près des comédiens.

L’homme de rien

L’homme de rien, Fantazio, ne se trouve pas de fonction dans la ville où ses parents l’ont envoyés. Tout le monde y a pourtant un rôle à jouer, tout le monde a sa case et ne doit pas en sortir. Mais Fantazio lui, ne rentre dans aucune rôle, n’a aucun rôle particulier à jouer dans cette ville. Alors à la place il part à la découverte du rôle des autres habitants pour un temps en se baladant de case en case, et les imitant parfois tel un enfant qui joue à faire semblant. Tout cela dans l’espoir, du moins pour Philippe – le créateur de la ville, qu’il trouve un jour sa place et qu’il reste dans la case qui lui est destiné.

Marion Aubert, l’écrivaine de L’homme de rien a dit : « Mes textes ont été toujours davantage peuplés d’anti-héros que de héros. » Et bien sûr, ce cher Fantazio n’échappe pas à la règle. Il est anti-héros au point que l’on ne découvre son nom qu’au bout de plusieurs scènes, bien après celui d’autres personnages tout à fait secondaires — alors qu’il s’agit tout de monde du protagoniste central de l’histoire. L’homme de rien, c’est lui.

Pourquoi il est à voir…

Comme de plus en plus de spectacles contemporains, L’homme de rien embrasse différentes pratiques au sein de la pièce. Il n’est pas question de simplement raconter une histoire avec une mise en scène traditionnelle, bien au contraire. Premièrement, la fusion entre la scénographie et les jeux de lumières et de créations vidéos, permettent des changements de décors très rapides mais également très réalistes. Tout comme les personnages, nous, spectateurs, voyageons de cases en cases.

Ensuite, le rythme. C’est une pièce relativement dynamique, ce qu’elle doit sans aucun doute à la musique jouée sur scène. Elle permet des transitions et des changements de décors fluides et qui ne mettent jamais le spectateur dans l’attente. Ces transitions sont souvent plus énergiques que le reste de la pièce.

Et enfin, et surtout, la morale. Le fond de cette pièce, c’est une critique sociétale par le biais d’un voyage initiatique. Ce voyage c’est celui de Fantazio un adulte encore enfant, qui ne connait pas sa place au sein de la société. Mais ce n’est pas pour autant qu’il s’en cherche une, il n’en veut pas, et ne voit pas non plus l’intérêt de rentrer à tout prix dans une case. Notamment lorsque l’on nous dit qu’une fois dedans, on ne peut pas en sortir. Métaphoriquement, L’homme de rien nous montre que ne pas savoir ce que l’on veut, ce que l’on est, ce n’est pas bien grave et encore mieux : être plusieurs choses à la fois, c’est tout à fait possible. Je trouve que ce message est très important à faire passer, aux plus jeunes comme aux moins jeunes, à qui l’on inculque constamment qu’ils sont supposés être comme ceci plutôt que comme cela. Et à force de nous le répéter à longueur de journées, on serait bien tenté d’y croire.

…. et pourquoi pas !

Avant d’aller voir un spectacle, un film ou même de lire un livre, j’en lis toujours le résumé. Pour moi c’est mission impossible d’atterrir dans une histoire sans en connaître au moins le genre, et les grandes lignes. Et heureusement pour moi, j’avais lu le résumé de L’homme de rien avant de me rendre au théâtre. Autrement, je pense que je serais sortie de la salle encore plus perdue que je ne l’étais déjà. En effet, même avec le résumé j’avais assez mal compris la pièce avant de la voir, du moins en ce qui concerne la mise en scène. Je m’attendais à quelque chose de bien plus dystopique où Fantazio allait devoir s’échapper de cette société factionnaire. J’avais plus ou moins raison, mais niveau compréhension pour ceux qui n’avaient pas consulté la fiche de salle au préalable, je suis bien curieuse de savoir ce qu’ils en ont pensés.

Disons, que le fond de l’histoire, sa morale, est compréhensible et mise en avant assez rapidement. Cependant, nous n’avons que très peu l’occasion de découvrir les personnages en profondeur, et c’est ce qui m’a un peu manqué je pense dans cette pièce. Fantazio, le personnage principal, est au centre de l’histoire certes, mais son point de vue est très rarement exposé au spectateur. Il ne parle que très peu, il n’est finalement qu’un outil servant les autres personnages dans la démonstration de leur fonction. La pièce s’intitule L’homme de rien, et pourtant on ne parle qu’assez peu de lui quand on y réfléchit bien. Le réel sujet de cette pièce ce n’est pas Fantazio, mais la ville dans laquelle il atterrit. Et encore une fois, sans avoir eu connaissance du résumé, il est assez difficile de comprendre l’élément initiateur, le moment où ses parents l’envoient en ville.

Globalement, j’ai apprécié le fond de cette pièce, mais j’ai un peu trop de reproches à lui faire quant à la forme, ce qui m’empêche de lui accorder une critique purement favorable …

Culturellement,
Pauline

Ajouter un commentaire