Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Ciné Scènes/ ANTHROPOCÈNE – L’ÉPOQUE HUMAINE
  • Mardi 4 Février à 20h15
  • Vendredi 7 Février à 16h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€
SUIVI D’UNE CONFÉRENCE de Michel Magny, paléoclimatologue mardi 4 février

ANTHROPOCÈNE – L’ÉPOQUE HUMAINE

JENNIFER BAICHWAL, NICHOLAS DE PENCIER, EDWARD BURTYNSKY – 1H27, CANADA, 2019

Du métal de Sibérie aux titanesques mines de charbon allemandes, de la déforestation au Canada ou au Nigeria à la montée des eaux de Venise, des digues de béton de la côte chinoise aux émanations de lithium des déserts chiliens : feu, pierre, poussière, sable, glace et machines explosent sur grand écran dans un étrange ballet effrayant et superbe. Anthropocène – L’Époque humaine est un projet multidisciplinaire en cinéma, photographie et réalité virtuelle, initié par la Art Gallery of Ontario et le musée des Beaux-Arts d’Ottawa.

Jamais un documentaire abordant les méfaits de la race humaine contre son propre habitat ne sera tombé aussi à pic. Anthropocène, avec l’appui de scientifiques, dresse – à travers des images d’une beauté et d’une monstruosité affolantes – un constat implacable de destruction et, en ce sens, donne froid dans le dos. La force du film, comme dans Manufactured Landscapes et Watermark, les œuvres précédentes du trio canadien, réside dans son approche contemplative. Les images, avec un minimum de bandeaux explicatifs, entrevues et voix hors champ, parlent d’elles-mêmes, proposant des vues aériennes de drones ou des images satellites, de mégalopoles et de sites infernaux cyclopéens sur divers points du globe. Anthropocène, tourné en quatre ans dans une vingtaine de pays, ressemble à des productions hollywoodiennes post-apocalyptiques, d’où l’impression de déjà vu. Le film émerveille par sa beauté monstrueuse, parfois psychédélique, sur des cadrages parfaits de grâce dystopique. En valsant avec les échelles, les cinéastes déstabilisent le spectateur, écartelé entre une impression d’irréalité et un constat de vérité insoutenable, le laissant en état de choc, sans piste de solutions, mais conscient que le processus de fin du monde est depuis longtemps enclenché pour cause de stupidité humaine.
Odile Tremblay, Le Devoir