Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Ciné Anthropocène/ Anuktatop, la métamorphose
  • Samedi 30 Novembre 2019 à 16h30
  • À l'Espace
  • Tarif de 2,50 à 5€
suivi d’une rencontre avec Sylvana Opoya et Christophe Rulhes

Anuktatop, la métamorphose

Nicolas Pradal & Pierre Selvini – 1h46, France, 2019

AVEC DERRECK OPOYA, SYLVANA OPOYA, STÉPHANE TOINEKE

Sur le Maroni, fleuve à la frontière de la Guyane française et du Suriname, la communauté amérindienne wayana est en plein bouleversement culturel, social et identitaire. Sylvana – également comédienne dans Selve – idéalise son amoureux Boni, Stéphane matérialise ses fantasmes dans la base spatiale de Kourou tandis que Derreck, lui, rêve des guerriers mythologiques d’antan.

Œuvre réellement originale, qui ouvre le champ d’une mutation prodigieusement créative, le bien nommé Anuktatop, la métamorphose, a été tourné en Guyane par Nicolas Pradal et Pierre Selvini. Ce long métrage commence comme un « pur documentaire » suivant en douceur la vie de Derreck, garçon joueur de 6 ans de la communauté amérindienne wayana. Peu à peu le film décolle, d’abord vers l’onirisme, puis vers l’inconnu : autant une expérience collective qu’une exploration visant, par un montage inspiré, à une forme de transe. Il ne s’agit pas d’un film « sur » les Wayanas, mais avec, pour et par eux. Peu emballés par une caméra qui scruterait leur vie quotidienne comme des créatures exotiques, avec le concours des cinéastes ils se sont approprié l’appareil pour orienter le film vers une somme foisonnante de fictions souvent mythiques, parfois elliptiques, en interaction avec leur réalité et leurs rêves. L’ensemble tend à incarner leurs influences et envies dans un monde en métamorphose jusqu’à un renouvellement de l’univers, unissant passé légendaire, errances du présent et propulsions du futur. Entre autres séquences étonnantes, on y voit un ancêtre wayana influer sur le lancement de la fusée Ariane. En réponse au risque contemporain des acculturations, c’est avec un élan salvateur que ce film invente la possibilité d’une nouvelle culture – embrassant une humanité, ses histoires et son environnement pour donner à voir vraiment loin.
Florent Guézengar, Cahiers du cinéma