Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Science-Fiction #2/ L'armée des 12 singes
  • Jeudi 9 Mars à 19h00
  • Dimanche 12 Mars à 18h00
  • Au Kursaal

L'armée des 12 singes

TERRY GILLIAM - 2H10, ÉTATS-UNIS, 1996

AVEC BRUCE WILLIS, MADELEINE STOWE, CHRISTOPHER PLUMMER

Nous sommes en l’an 2035. Les quelques milliers d’habitants qui restent sur notre planète sont contraints de vivre sous terre. La surface du globe est devenue inhabitable à la suite d’un virus ayant décimé 99% de la population. Les survivants mettent tous leurs espoirs dans un voyage à travers le temps pour découvrir les causes de la catastrophe et la prévenir. C’est James Cole, hanté depuis des années par une image incompréhensible, qui est désigné pour cette mission.

Un conseil d’abord : tout ce que vous avez appris sur la conjugaison des temps, sur les différences entre passé, présent et futur, oubliez-le. Car, ici, on plonge dans une autre dimension. Les points de repère volent en éclats. Le futur crée des souvenirs et le passé nourrit des espoirs. Du Kafka speed.
En s’appuyant sur un scénario diabolique inspiré de La Jetée (« l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance... », court métrage de Chris Marker...), Terry Gilliam l’illustre littéralement dans un aéroport, quelques semaines avant l’épidémie foudroyante qui décima la quasi-totalité de l’humanité et orchestre un
« trip » délirant qui rend indistincts rêve et mémoire, raison et démence. Avec le concours malheureux d’une psychiatre, Cole précipite la catastrophe en voulant l’éviter. Mélange d’éléments high-tech et de ferraille moyenâgeuse, architecture monumentale aux circonvolutions évoquant celles d’un vaste cerveau malade, le décor de l’an 2035 participe de ce délire poétique. En bricoleur talentueux, Gilliam récupère, recycle tout ce qui lui tombe sous la main, objets et images de toute sorte, y compris celles de Vertigo, d’Hitchcock et parvient à créer ainsi un univers original. Il manifeste, une fois de plus, un sens aigu de l’invention visuelle et sans que ce soit jamais au détriment des personnages : Bruce Willis est d’une sobriété bienvenue, et la trop rare Madeleine Stowe, fiévreuse à souhait. Leur histoire d’amour, drame intimiste cruel au milieu du chaos, ne s’oublie pas.

Jacques Morice, Télérama