Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Japon/ AU BOUT DU MONDE
  • Mardi 7 Janvier à 20h15
  • Mercredi 8 Janvier à 16h30
  • Vendredi 10 Janvier à 18h00
  • Mercredi 15 Janvier à 10h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

AU BOUT DU MONDE

KIYOSHI KUROSAWA – 2H, JAPON, 2019

AVEC ATSUKO MAEDA, RYÔ KASE, SHÔTA SOMETANI

Reporter pour une émission populaire au Japon, Yoko tourne en Ouzbékistan sans vraiment mettre le cœur à l’ouvrage. Son rêve est en effet tout autre… En faisant l’expérience d’une culture étrangère, de rencontres en déconvenues, Yoko finira-t-elle par trouver sa voie ?

Avec Au bout du monde, Kiyoshi Kurosawa déplace sa quête de l’étrangeté dans le réel et signe l’un de ses plus beaux films. Le Japonais a construit en une vingtaine d’années une œuvre libre et foisonnante, s’imposant comme un auteur qui compte sur la scène internationale. Sans doute parce que, chez lui, le fantastique, le thriller, la science-fiction sont toujours détournés de leur fonction première (faire peur, divertir), vidés de leurs effets commerciaux (la frénésie laisse place à la contemplation), utilisés comme prétextes pour éclairer les drames humains et sociaux.
On retrouve dans Au bout du monde le thème central de ses œuvres précédentes, Avant que nous disparaissions et Invasion : le sentiment d’être étranger au monde, à l’autre, à soi-même. Sauf qu’ici, pas d’envahisseurs venus d’une autre planète, mais une animatrice de télévision japonaise envoyée en Ouzbékistan. Face à cette culture dont elle ignore tout, Yoko se montre à la fois intrépide et craintive. C’est ce décalage que filme Kurosawa, suivant les impératifs du tournage dans le film, dans une suite de scènes tragicomiques dont l’accumulation dessine peu à peu un chemin initiatique. Ce qu’elle est venue chercher, et qui l’empêche de reculer, c’est une altérité totale, douloureuse, qui révèle son absence à elle-même et l’oblige à trouver sa voie. En tournant le dos au surnaturel, Kurosawa éclaircit sa vision : les aliens existent déjà, sur notre planète, ils nous ressemblent et ne nous veulent, souvent, aucun mal. À chacun de traverser les frontières, géographiques et mentales, pour aller à leur rencontre.
Michaël Patin, Troiscouleurs