Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Acid pop/ Avant l'aurore
  • Mardi 21 Mai à 20h00
  • Lundi 3 Juin à 18h30
  • Mardi 4 Juin à 16h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€
PROJECTION SUIVIE D’UN DÉBAT, mardi 21 mai

Avant l'aurore

NATHAN NICHOLOVITCH – 1H45, FRANCE, 2018

AVEC DAVID D’INGÉO, PANNA NAT, VIRI SENG SAMNANG

Mirinda, un Français prostitué, vit au jour le jour dans les faubourgs de Phnom Penh. Une existence faite d’excès et d’espoir, dans une ville toujours marquée par son passé khmer rouge. Sa rencontre avec Panna, une petite fille livrée à elle-même, va bouleverser son équilibre et lui donner le courage de se transformer encore.

Incroyable, la réalité crue que ce film révèle. Magnifique, sa façon de la filmer au plus près, toujours en mouvement. Incroyable et magnifique l’interprétation de David D’Ingéo qui est plus qu’il ne le joue Mirinda, un travesti de 45 ans qui se prostitue à Phnom Penh. Autour de Mirinda, tout n’est qu’horreur : enfants vendus par leurs parents, trafics et crimes organisés par d’ex-Khmers rouges… Le salut viendra d’une fillette qui va s’accrocher à Mirinda comme seuls les enfants savent le faire, avec obstination. Avant l’aurore n’est pas un film de scénario. Les contraintes du récit et de la dramaturgie, il s’en soucie comme d’une guigne. Il vit sa vie comme s’il s’inventait au fur et à mesure, dans l’immédiateté de la sensation et du présent. Ce cinéma-là ne filme pas la vie, il est la vie, la vie et tout ce qu’elle génère d’opacité et de mystère. Misère et grandeur, pesanteur et grâce : ce paradoxe est tout entier dans le regard de Mirinda qui révèle un monde intérieur secret et inaccessible. Il est dans sa manière enfantine et joueuse d’habiter et de « porter » à l’écran un corps qui pourtant vieillit et s’abîme. Si de l’ombre il y a (ex titre du film) dans ce tableau, c’est comme chez les grands peintres pour mieux mettre en évidence le cheminement de la lumière. Il y a quelque chose de mystique dans la démarche hyperréaliste et somnambulique de Nathan Nicholovitch. Comme chez Dostoïevski ou d’une autre façon chez Jean Genet, c’est au terme d’une expérience du mal vécue jusqu’au bout sans complaisance ni illusion, que la grâce se révèle.
Claudine Bories & Patrice Chagnard, cinéastes