Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / BARBARA
  • Mardi 3 Juillet à 20h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

BARBARA

MATHIEU AMALRIC - 1H37, 2017

AVEC JEANNE BALIBAR, MATHIEU AMALRIC, VINCENT PEIRANI

Une actrice va jouer Barbara, le tournage va commencer bientôt. Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, le tricot, les scènes à apprendre, ça va, ça avance, ça grandit, ça l’envahit même. Le réalisateur aussi travaille, par ses rencontres, par les archives, la musique, il se laisse submerger, envahir comme elle, par elle.

Mathieu Amalric signe un éblouissant portrait de l’extravagante Barbara sans tomber dans le piège du biopic parodique. Mieux : il se moque du genre avec une drôlerie et une insolence où l'on reconnaît bien la chanteuse bravache du Bois de Saint-Amand. Jeanne Balibar, alias Brigitte, qui se joue d’avoir le troublant physique de son personnage iconique, est en effet engagée par le réalisateur Yves Zand (fils de la journaliste Nicole Zand, incarné par Mathieu Amalric...) pour un prétendu biopic consacré à la Dame Brune, lui-même inspiré du livre de Jacques Tournier, auquel l’écrivain des Vies minuscules, Pierre Michon, prête ici son visage ombré et sa voix cuivrée. Inutile de préciser que le tournage ne se passe pas comme prévu et qu’il est vite chamboulé, irradié, dynamité par son trop grand et insaisissable sujet. C’est alors que, porté par une actrice virtuose, le film devient passionnant. Mêlant, au point qu’on ne les distingue plus, Barbara et Balibar, les archives et les images de fiction, les chansons — Chapeau bas, Amours incestueuses — et les notices biographiques, le Châtelet et Google, le spectaculaire et l’intime, la satire et l’hommage, le rêve et la réalité, les trompe-l’œil et les mises en abyme, bouleversant toujours la chronologie, contournant l’émotion facile, Barbara est un film fou sur une artiste déraisonnable.
Jérôme Garcin, Le Nouvel Obs