Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Cinéma Tzigane/ A CIAMBRA
  • Mercredi 16 Mai à 20h30
  • Mercredi 23 Mai à 17h00
  • Jeudi 24 Mai à 19h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

A CIAMBRA

JONAS CARPIGNANO - 1H58, ITALIE, 2017

PIO AMATO, KOUDOUS SEIHON, IOLANDA AMATO

Pio a 14 ans et veut grandir vite. Comme son grand frère Cosimo, il boit, fume et apprend l’art des petites arnaques de la rue. Et le jour où Cosimo n’est plus en mesure de veiller sur la famille, Pio va devoir prendre sa place. Mais ce rôle trop lourd pour lui va vite le dépasser et le mettre face à un choix déchirant.

En posant sa caméra dans cette communauté bouillonnante et indisciplinée, vivant aux marges de la société, Jonas Carpignano (Mediterranea, 2015) poursuit une démarche apparemment semblable à celle d’un Jean-Charles Hue avec les Yéniches français (La BM du Seigneur, Mange tes morts), ouvrant un territoire de fiction inédit, fabriqué avec les Gitans, devenus le temps du film acteurs de leurs propres personnages... Loin d’embrasser leurs mythologies, le cinéaste italien s’engage sur la voie a priori plus balisée d’un simple récit initiatique, nourri par son immersion anthropologique et sociale. Pio sert ainsi de guide à une caméra qui ne le lâche presque pas d’une semelle, selon le principe du point de vue unique qui règne sur toute la fiction documentée.

Cependant, le garçon n’est pas seulement le relais d’un regard sur la condition des Roms, mais une figure plus originale et plus complexe de l’adolescence, qui gagne en épaisseur au fil de ses expériences et de ses rencontres. Tout du long, le film est soulevé par l’énergie fougueuse et la hargne incendiaire de son jeune héros, qui ne fait jamais que chercher sa place. Son cheminement ouvre toutefois sur la réalité brute de communautés qui ne coexistent que par le trafic d’objets volés, résidus d’un marché de la consommation courante auquel les marginaux – Gitans ou immigrés – ne sont pas admis. À travers cette approche, qui mêle l’itinéraire moral d’un personnage à l’exploration d’une poche de misère sociale, le cinéaste renoue avec les fondamentaux du néoréalisme, dont il incarne une forme d’héritage contemporain. Mathieu Macheret, Le Monde