Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Cinéma et histoire/ L’ENVERS D’UNE HISTOIRE
  • Mardi 2 Avril à 16h30
  • Mardi 9 Avril à 18h00
  • Mercredi 10 Avril à 20h15
  • Vendredi 12 Avril à 16h00
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

L’ENVERS D’UNE HISTOIRE

MILA TURAJLIC – 1H48, SERBIE, FRANCE, 2018

Une porte condamnée dans un appartement de Belgrade révèle l’histoire d’une famille et d’un pays dans la tourmente.

On peut voir L’Envers d’une histoire autant comme un portrait de famille que comme un retour sur cinquante ans d’histoire serbe. Pour cela, la réalisatrice, née en 1979, choisit de poser sa caméra dans l’appartement familial en plein coeur de Belgrade, nationalisé en 1949 par le pouvoir communiste de Tito et scindé en deux. Ses grands-parents et parents durent cohabiter avec de nouveaux voisins, derrie re les pans d’un faux mur posé a l’occasion dans leur salon. C’est depuis cette paroi, a la fois physique et symbolique, que Mila Turajlić envisage les bouleversements historiques qui suivirent : la désagrégation de la Yougoslavie, l’arrivée au pouvoir de Slobodan Milosevic, sa politique ethniciste et belliciste, ses réé lections successives, puis le renversement du régime par la révolution démocratique du 5 octobre 2000. Autant d’événements qui ne furent jamais que les symptômes d’une division profonde et toujours persistante de la Serbie.
Mais, dans cet appartement vit Srbijanka Turajlić, la propre me re de la réalisatrice, professeure de maths aux cheveux courts et vêtue comme un garçon, figure majeure de l’opposition a Milosevic, mais aussi de la révolution du 5 octobre, puis une ministre du gouvernement de transition démocratique, avant qu’elle ne se retire de la vie publique, qu’elle commente néanmoins régulie rement a la télévision.
Animé par un esprit de clarté, le film parvient a entremêler des trames historiques, générationnelles et géopolitiques complexes, grâce a un travail de montage extrêmement efficace, d’une grande fluidité narrative, truffé en outre d’images d’archives étonnantes et peu montrées.
Mais le plus beau est encore le relais, d’un côté a l’autre de la caméra, entre la me re et sa fille : ce flambeau des luttes que l’on n’a pas pu mener jusqu’au bout et, avec lui, la vigueur d’un pessimisme sachant qu’il n’y a, peut-être, pas grand-chose a espérer des révolutions. Du moins jusqu’a la prochaine.
Mathieu Macheret, Le Monde