Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Youssef Chahine/ Gare centrale
  • Mardi 14 Mai à 18h30
  • Mercredi 15 Mai à 20h30
  • Vendredi 17 Mai à 14h15
  • Jeudi 23 Mai à 18h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

Gare centrale

1H17, ÉGYPTE, 1958

AVEC YOUSSEF CHAHINE, FARID CHAWKI, HIND ROSTOM

Kénaoui, vendeur de journaux boiteux et un peu simplet à la gare centrale du Caire, est amoureux d’Hanouma, une vendeuse de boissons. Mais celle-ci repousse ses avances et n’a d’yeux que pour le bagagiste Abou Sérif.

Youssef Chahine promène ses projecteurs dans chaque recoin tabou et malodorant de la société égyptienne. Il place sa caméra au centre de ce film de triage et multiplie ainsi les points de vue, les personnages, les niveaux de récit. Déjà, il fourbit ses armes en direction des fondamentalistes en ridiculisant deux barbus courroucés par les moeurs modernes ; déjà, il enfonce ses lames là où ça fait mal en prenant farouchement parti contre le voile imposé aux femmes ; déjà, il retourne le couteau dans les plaies les plus sérieuses de son pays en prenant fait et cause pour les luttes syndicales, en s’insurgeant contre le sort réservé aux misérables et en hurlant en faveur de la liberté de s’aimer.
La gare centrale du Caire s’anime ainsi comme un micromonde palpitant, où les flux des destinées humaines s’entrecroisent sous l’œil ami, chaleureux, exalté d’un metteur en scène ivre de cinéma. Il y a là des voyoux et voyoutes au pittoresque achevé, une magnifique tigresse du doux nom d’Hanouma, deux jeunes amants magnifiques qui se cachent de leurs riches familles, des gamins et gamines à foison, des colporteurs, des musiciens. Il y a également à l’oeuvre dans ce film l’esquisse d’un monde des bas-fonds, transcendé par la joie de vivre et le bonheur d’être ensemble, sans que cette solidarité objective ne vire à l’angélisme : c’est dans le sang et la folie que se conclura l’histoire de Gare centrale. Mais, surtout, il y a un acteur stupéfiant sur les épaules duquel repose l’inoubliable personnage de Kenaoui : Youssef Chahine lui-même, qui, audacieux et lucide, s’est autoaccordé le rôle. Kenaoui, boiteux chaplinesque d’une beauté ténébreuse et d’un mental fragile est une des inventions les plus belles et étranges que nous ait jamais données le cinéma.
Olivier Séguret, Libération, 1995