Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Ennemis intimes/ GET OUT
  • Jeudi 4 Avril à 20h15
  • Dimanche 7 Avril à 18h00
  • Jeudi 11 Avril à 20h15
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€
PRÉSENTÉ PAR ADRIENNE BOUTANG, jeudi 4

GET OUT

JORDAN PEELE – 1H44, ÉTATS-UNIS, 2017

AVEC DANIEL KALUUYA, ALLISON WILLIAMS, CATHERINE KEENER

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille lors d’un week-end. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Sans son habituel comparse Keegan-Michael Key – avec qui il forme le duo de la série Key & Peele, le cinéaste (dont le second long métrage Us sortira en salle le 20 mars) compose un habile mélange de thriller horrifique et de comédie acerbe. Et il gagne, chose rare, sur les deux tableaux. Non que son film soit un sommet de trouille, mais les nombreuses blagues qui le parsèment ne désamorcent jamais la tension. Et l’on reste, de bout en bout, terrifié par ce qui arrive à Chris – pas besoin d’en savoir plus. Get out, sorti (triomphalement) sous Trump mais conçu sous Obama (c’est important de le préciser), expose avec une puissance et une intelligence redoutables les mécanismes du racisme, ces processus qui partout se ressemblent, quand bien même les contextes historiques diffèrent. Puissamment réflexif sous ses dehors de petite grenade jouissive, Get out est irrigué par une véritable morale du regard. La question du voir (et du bien voir) est omniprésente ici : on perçoit la réalité différemment selon sa couleur de peau ; on traque avec un appareil photo les faux-semblants ; on s’espionne ; on se jauge et on se dupe avec les yeux, mais on y retrouve toujours, en fin de compte, le miroir de l’âme. Par sa forme même et par les affects joyeux qu’il convoque, malgré l’horreur de ce qui s’y joue, Get out invite au contraire à exulter. À rire et à trembler
pour conjurer le mauvais sort.
Jacky Goldberg, Les Inrocks