Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / L'été du cinéma français/ Jusqu'à la garde
  • Mardi 24 Juillet à 20h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

Jusqu'à la garde

XAVIER LEGRAND - 1H33, 2018

AVEC DENIS MÉNOCHET, LÉA DRUCKER, THOMAS GIORIA

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

La violence est d’abord étouffée. C’est une tension palpable. Nous sommes dans le bureau de la juge. On sent que chaque mot compte. Il est question de la garde du fils, Julien, 11 ans, qui préfère rester chez sa mère. Son père, meurtri de ne pas le voir, demande la garde partagée. On en vient à douter. La juge elle-même semble tiraillée. Entrée saisissante. Par son réalisme et ses silences, son sens de la durée, la justesse tranchante des dialogues. Xavier Legrand poursuit avec ce film le propos entamé dans son court métrage, Avant que de tout perdre. Une femme (Léa Drucker, déjà) y cherchait à fuir, avec ses deux enfants, la violence de son mari. Jusqu’à la garde est une variation sur le même thème : la violence conjugale. Ce fléau — près de trois femmes en meurent chaque semaine, en France — est rarement traité au cinéma : Xavier Legrand l’aborde sous l’angle de la peur. Les coups, il ne les montre pas. Mais ils restent une menace omniprésente. C’est un pur thriller, domestique et familial. Passé le moment d’incertitude lors de l’audience dans le bureau de la juge, il apparaît assez vite que le père est un danger. Oppresseur, impérieux, tortueux. Il fait de plus en plus pression sur Julien pour lui soutirer des informations, a même recours au chantage. L’enfant, sur le qui-vive, cherche à protéger sa mère tout en ayant peur lui aussi. Il est poignant, ce gamin, rendu extrêmement émouvant grâce au jeu de Thomas Gioria et par le regard que Xavier Legrand pose sur lui. Sur tous ses personnages, d’ailleurs, y compris le père, représenté comme un colosse malheureux : un grand enfant blessé, en rage, qui cogne sur sa propre impuissance. Denis Ménochet apporte ce qu’il faut d’humanité à ce rôle ingrat. Face à lui, Léa Drucker s’impose en femme dense, tétanisée parfois mais prête à parer, protectrice plus que victime, qui se cuirasse. Car c’est bien un combat qu’elle mène, face à une menace constante, un risque d’intrusion, d’invasion. D’emprise : ainsi, ce moment de suspension où le mari, anéanti, enlace sa femme, pour être consolé ou pour la broyer, on ne sait pas. Le malaise, l’anxiété, l’angoisse, la panique traversent la plupart des séquences de ce film épuré. Tout tend vers le piège, l’étau se resserre peu à peu, dans un crescendo absolument terrorisant. Et bouleversant.

Jacques Morice, Télérama