Les deux scènes

Les deux scènes
  • Mardi 4 Février à 16h00
  • Samedi 8 Février à 18h30
  • Mardi 11 Février à 20h15
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

MANILLE

LINO BROCKA – 2H07, PHILIPPINES, 1975

AVEC HILDA KORONEL, LOU SALVADOR JR., RAFAEL ROCO JR.

Julio quitte son village de pêcheurs pour se rendre à Manille et retrouver sa fiancée, Ligaya. La jeune femme s’était fait promettre un travail mais n’a plus donné signe de vie… Le jeune homme découvre peu à peu l’univers du sous-prolétariat à Manille entre prostitution, corruption et pauvreté extrême…

Lino Brocka fut une figure artistique et politique incontournable, pionnier du cinéma indépendant à Manille et farouche opposant à la dictature de Marcos. Manille et Insiang (1976) constituent sans doute les entrées les plus probantes dans son œuvre, qui compte une soixantaine de films, réalisés entre 1970 et 1991, date de sa mort accidentelle à l’âge de 52 ans. Ce cinéaste, comparable à Rainer Werner Fassbinder pour la densité de sa filmographie, mais aussi à Pier Paolo Pasolini pour la situation politique, culturelle et médiatique qu’il occupa dans son pays, n’a cessé de rendre compte de la situation sociale aux Philippines, attentif à toucher un large public, en élevant le niveau de la production cinématographique locale, en s’attaquant à des sujets audacieux capables de permettre une prise de conscience de spectateurs, tout en respectant certaines formes populaires de récits, en particulier le mélodrame. Brocka a ainsi pratiqué une politique de l’alternance, entre films de genre et productions plus ambitieuses. Manille appartient sans hésitation à la seconde catégorie. C’est une bouleversante histoire d’amour et de perdition, sur le thème de la grande ville corruptrice. Le style sur le vif de Brocka, sans fioritures mis à part quelques effets de montage, parvient à saisir la violence et la cruauté quotidiennes de Manille, les élans de solidarité brisés par la loi du plus fort, sans jamais négliger la puissance des cadres et des plans, malgré des moyens que l’on devine sommaires.
La mise en scène est frappée du sceau de l’évidence. Brocka filme la vérité de son pays, de son peuple. La trivialité et le caractère parfois sordide des épreuves traversées par les jeunes protagonistes débouchent sur une tragédie prolétaire. Manille est un chef-d’œuvre.
Olivier Père, Arte TV