Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Spike Lee / MIRACLE À SANTA ANNA
  • Vendredi 1 Février à 21h00
  • Lundi 4 Février à 17h00
  • Mercredi 6 Février à 19h00
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

MIRACLE À SANTA ANNA

2H36, ÉTATS-UNIS, ITALIE, 2008

AVEC DEREK LUKE, MICHAEL EALY, LAZ ALONSO

INÉDIT

De nos jours à New York, un vétéran noir américain de la Seconde Guerre mondiale, Hector Negron, assassine un immigré italien sans raison apparente. L’enquête s’oriente sur les traces du bataillon noir américain « Buffalo Soldiers » envoyé en Toscane pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1944, une escouade de soldats noirs américains se retrouve dans un village toscan en montagne, encerclée par l’armée allemande.

La cause noire américaine nourrit l’œuvre de Spike Lee dans l’espace et le temps. L’implication des troupes noires dans la libération de l’Europe ­durant la Seconde Guerre mondiale est ainsi le sujet de Miracle à Santa Anna. Réalisé en 2008, le film est resté méconnu en France en raison de l’annulation de la sortie du film par la filiale distribution de TF1 et du procès qui s’ensuivit entre les parties. L’affaire coûta, en 2011, 32 millions d’euros au groupe, mais le mal était fait.
Grosse production majoritairement tournée en Italie, le film est inspiré du roman éponyme de l’écrivain James ­McBride, publié en 2002. Avec son goût invétéré pour la parabole flamboyante et la profusion romanesque, Spike Lee se donne toute liberté, dans une ­alliance pour le moins délicate avec la chronique historique. Cet événement, inscrit en lettres de feu dans la mémoire italienne du conflit, est un équivalent d’Oradour-sur-Glane. Le 12 août 1944, quatre bataillons de SS ­investissent le village et massacrent tous les civils présents, causant plus de cinq cents victimes. Par un flash-back dans le flash-back, Spike Lee ne se contente pas de reconstituer l’événement, il en rehausse l’obscénité en inventant un personnage de ­partisan vendu aux nazis, qu’on retrouve, telle une inaltérable puissance malfaisante, dans le cours du film et dans le destin de ses principaux personnages. Les associations d’anciens résistants italiens n’apprécièrent pas outre mesure. À cette enseigne, on peut en effet penser que le film fait un peu cher payer son idée rédemptionnelle du grand Christ noir venu se ­sacrifier pour l’orphelin blanc.
Ce film, vu à l’époque par ­les cinéphiles lors du festival de Deauville ou à la Cinémathèque française, sort enfin en salle, grâce au distributeur Splendor Films. Initiative heureuse en ce sens qu’elle répare une continuité mise à mal dans la fréquentation d’un auteur important.
Jacques Mandelbaum, Le Monde