Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE
  • Mardi 4 Septembre à 20h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE

CHRISTOPHE HONORÉ - 2H12, 2018

AVEC VINCENT LACOSTE, PIERRE DELADONCHAMPS, DENIS PODALYDÈS

1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

Voici un an, 120 battements par minute, de Robin Campillo, faisait sensation. Film-jalon dans l’histoire de la représentation du sida, embrassant tout à la fois la dimension intime et collective, sentimentale et sociétale, son envergure pouvait a priori décourager les tentatives de s’aventurer aussi vite à sa suite. C’est ce qu’a pourtant fait Christophe Honoré qui a l’élégance de remporter haut la main son pari avec ce nouveau film, Plaire, aimer et courir vite. Foulant de prime abord le même territoire — des hommes qui s’aiment à l’ombre encore fatale du sida dans le Paris des années 1990 —, il se cantonne, quant à lui, à la sphère intimiste, dans une mise en scène délicate, enlevée et élégiaque qui en fait un beau et touchant mélodrame. Renouant avec la veine urbaine et impressionniste de Dans Paris (2006) et des Chansons d’amour (2007), l’histoire réunit Jacques (Pierre Deladonchamps) et Arthur (Vincent Lacoste). L’idée de leur rencontre, qui réunit un départ et un adieu dans l’ordre de l’expérience sensible, déjà séduisante sur le papier, s’enrichit de la grâce et aussi bien de l’embarras que les acteurs apportent à leur incarnation. Deladonchamps, repiqué par un désir qu’il craint de satisfaire, tout en retenue, comme nimbé de brume, apprêté silencieusement au grand départ. Lacoste, joueur et fringant, mais engoncé dans son inexpérience, hésitant à poser ses attitudes. Le titre du film, bien enlevé, ne ment pas. Une pléiade de personnages secondaires, astéroïdes frôlant le couple, tiennent leur trajectoire et leur rang, à commencer par Denis Podalydès en vieil amant devenu meilleur ami, vigie drôle et bienveillante sur la pente fatale où Jacques, ravivé par une nouvelle passion, s’efforce de ne pas sombrer. Jusqu’à ce que, rapporté à l’économie flambante du désir et à la mort qui l’accompagne comme son ombre, le renoncement apparaisse, peut-être, comme le plus grand geste d’amour.
Jacques Mandelbaum, Le Monde