Les deux scènes

Les deux scènes
  • Lundi 3 Février à 17h30
  • Vendredi 7 Février à 14h00
  • Dimanche 9 Février à 15h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

PLAYTIME

JACQUES TATI – 2H04, FRANCE, 1967

AVEC JACQUES TATI, BARBARA DENNEK, JACQUELINE LECOMTE

Un groupe de touristes américaines débarque à Paris pour visiter la capitale. Pendant ce temps, M. Hulot se rend dans les bureaux d’une grande entreprise pour y passer un entretien, mais finit par se perdre dans l’immensité du bâtiment. Au gré de ses déambulations et de ses rencontres, M. Hulot va se trouver embarqué dans ce Paris ultramoderne où sa route croisera immanquablement celle des Américaines…

Playtime est un film hors du commun qui symbolise l’exigence, l’ambition, l’audace et la créativité d’un des plus grands cinéastes français. En choisissant le 70mm, seul format capable, selon lui, de filmer un building en entier, en systématisant l’usage du plan d’ensemble ou de demi-ensemble au détriment du gros plan et en adoptant six pistes son, Jacques Tati expérimente un nouveau rapport du corps à l’espace, et de l’image au son. « Playtime est un film fait pour qu’on parle dessus », explique Tati. Et pour être vu… et revu. Car mille détails s’y cachent que seule la vision multiple permet de révéler. Tati semble a priori s’en prendre à une certaine tendance de l’architecture moderne, dans laquelle dominent le verre et l’acier. Le « style international » qui semble alors contaminer toutes les grandes capitales du globe l’inquiète, en ce qu’il lui semble menacer la singularité des espaces et des hommes, et promouvoir la transparence absolue, sans plus d’égard pour la frontière nécessaire entre espaces privés et publics. Playtime visera donc à nous alerter, par le rire, sur les dangers de cette standardisation. Mais nul soupçon ici du moindre caractère réactionnaire : le film n’a de cesse de montrer comment la modernité peut être réinvestie elle aussi, et peut devenir pour chacun une source de plaisir esthétique et comique. Playtime est bel et bien cette « école du regard » revendiquée par Jacques Tati, qui nous apprend à voir dans une salle d’attente un aquarium, dans un embouteillage la ­résurgence d’un manège d’enfant et dans de nouveaux lampadaires urbains un bouquet de fleurs de bitume.
Stéphane Goudet, maître de conférences en histoire et esthétique du cinéma