Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Carol Reed, la preuve par trois/ PREMIÈRE DÉSILLUSION
  • Mardi 4 Juin à 20h30
  • Mardi 11 Juin à 18h30
  • Jeudi 13 Juin à 18h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

PREMIÈRE DÉSILLUSION

(THE FALLEN IDOL)

1H35, GRANDE-BRETAGNE, 1948

AVEC MICHÈLE MORGAN, RALPH RICHARDSON, SONIA DRESDEL

Fils d’un ambassadeur à Londres, le jeune Phil est confié, en l’absence de ses parents, à la garde de Baines, le majordome auquel il voue une confiance sans bornes. Phil découvre alors que Baines entretient une maîtresse. Le même jour, Mme Baines chute dans l’escalier et meurt. Les explications embrouillées de Phil, tentant de disculper son idole, éveillent les soupçons de la police.

Inexplicablement, cette première collaboration entre Graham Greene et Carol Reed, après un beau succès en salles, a sombré dans l’oubli au contraire de la suivante, Le Troisième Homme, qui demeure dans la mémoire des cinéphiles. Peut-être est-ce dû au fait que le film ne peut être enfermé dans un genre particulier. Ce n’est pas vraiment un film policier, ni une romance. Car si ces deux éléments sont présents, on sent que Reed ne s’y intéresse pas. Dès la première image, un plan de Phil derrière les barreaux d’une rampe, Reed annonce son projet : pour l’essentiel, c’est par ce témoin curieux que nous serons informés ; c’est Phil qui découvre par hasard la liaison de Baines, c’est lui qui entend la dispute entre les époux, lui encore qui croit voir un meurtre par une vision parcellaire. Il y a quelque ironie à ce qu’avec les meilleures intentions du monde, le garçon enfonce son idole et fasse croire à sa culpabilité alors même qu’il cherche à le défendre. Car la morale élastique des adultes ne cesse de bouger, à la frontière entre vérité et mensonge (nécessaire ou nuisible), l’enfant étant perdu dans un entrelacs de paroles, à quoi correspond visuellement l’enchevêtrement de grilles, barreaux, qui ne cesse de l’étouffer. De ce point de vue, The Fallen Idol est une vraie réussite : Reed excelle à faire de la grande maison un terrain de jeux pour sa caméra inventive ; que ce soit par les plongées sur le vestibule ou l’importance de l’escalier extérieur, la vaste demeure se transforme en un lieu complexe, truffé de pièges et de stations d’observation. Mais c’est aussi l’endroit des secrets enfantins ou adultes. La séquence, magnifique, qui symbolise le mieux tout ce jeu sur le camouflé est la partie de cache-cache nocturne, traitée comme un ballet d’angoisse ouvert à toutes les possibilités.
François Bonini, À voir, à lire