Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Le mystère Clouzot/ LE SALAIRE DE LA PEUR
  • Mercredi 17 Janvier à 16h00
  • Samedi 20 Janvier à 18h00
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

LE SALAIRE DE LA PEUR

2H30, FRANCE, 1953

AVEC YVES MONTAND, CHARLES VANEL, PETER VAN EYCK

Quatre hommes acceptent de véhiculer, au péril de leur vie, un chargement de nitroglycérine sur cinq cents kilomètres de routes défoncées. L’énorme prime de ce « quitte ou double » périlleux est le seul moyen de quitter le village d’Amérique centrale dans lequel ils ont échoué.

Du film de Clouzot, on retient toujours la partie thriller, d’une précision et d’un suspense redoutables, où quatre « morts qui marchent » convoient deux camions chargés de nitroglycérine. Véritable enfer en mouvement où la mort attend à chaque tournant, où la peur vrille les tripes et met les hommes à nu. Mais, avant ce voyage aussi soufflant que bouleversant, Clouzot se paye le luxe d’une introduction d’une heure à Las Piedras, bled putride d’Amérique du Sud où croupissent des épaves de toutes nationalités. Son implacable réalisme noir est dans ce premier enfer, immobile et poisseux, cette prison à ciel ouvert et plombé. Et dire que c’est en Camargue que Clouzot a réussi à créer de toutes pièces cette atmosphère de bout du monde qui transpire le vice et la nécessité de survie...
Pour une poignée de dollars, de quoi sortir de ce trou à rats, Mario, Jo, Luigi et Bimba acceptent donc la mission suicide. Sur la route, Clouzot se délecte en particulier de l’inversion des rapports entre Mario (Montand) et Jo (Vanel), son aîné. Plus le caïd se dégonfle, lâche et pathétique, plus le jeunot le maltraite, l’humilie. Sadomasochisme cher au réalisateur des Diaboliques, qui en profite pour imposer à ses acteurs des scènes aussi physiques que salissantes. En Mario, personnage bestial et complexe dont le courage se nourrit de cruauté, Yves Montand trouvait son premier grand rôle. En face de lui, en vieil animal blessé demandant grâce, Charles Vanel est époustouflant. On pense à Albert Camus, à sa vision de l’homme : un condamné à mort lucide qui trouve dans le défi une raison d’avancer, d’exister.
Guillemette Odicino-Olivier, Télérama