Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / Cinémas d’Amérique Latine/ La Vie invisible d’Euridice Gusmão
  • Mercredi 25 Novembre 2020 à 20h30
  • Vendredi 27 Novembre 2020 à 14h00
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

La Vie invisible d’Euridice Gusmão

Karim Aïnouz – 2h20, Brésil, 2019

Avec Carol Duarte, Julia Stockler, Gregório Duvivier

Prix Un certain regard, festival de Cannes 2019

Rio de Janeiro, 1950. Euridice, 18 ans, et Guida, 20 ans, sont deux soeurs inséparables. Elles vivent chez leurs parents et rêvent, l’une d’une carrière de pianiste, l’autre du grand amour. À cause de leur père, les deux soeurs vont devoir construire leurs vies l’une sans l’autre. Séparées, elles prendront en main leur destin, sans jamais renoncer à se retrouver.

Révéléen 2002 par son formidable premier long métrage, Madame Sata, Karim Aïnouz, après plusieurs documentaires, signe sa sixième fiction ; il adapte le roman populaire de Martha Batalha, mélange de mélodrame assumé et de telenovela haletante. Il suit le parcours de ces deux femmes, reliées par un fil invisible, portant chacune une boucle d’oreille témoin de leur séparation, et tentant vaille que vaille de se tenir debout, dans une société patriarcale, où être artiste ou fille mère ne va pas de soi. Elles s’efforcent de ne pas céder au désespoir ni au chagrin, en se réconfortant au sort enviable dont chacune croit que l’autre jouit, quelque part dans un autre pays d’Europe.Filmédans des couleurs chatoyantes avec des cadres dans le cadre qui alternent entre étouffement et lumière, baignéde sons urbains omniprésents et d’une musique à la fois symbole de délivrance et d’enfermement, La Vie invisible d’Euridice Gusmāo est une réussite absolue. Parfois cru (les scènes de sexe, monnaie d’échange entre les femmes et les hommes), souvent romanesque, le film se déploie sans faiblir tout du long. La ville de Rio, si multiple et changeante qu’on peut ne jamais s’y retrouver, est un personnage à part entière. Et l’on suit sans jamais les lâcher ses deux héroïnes (sublimes Julia Stockler et Carol Duarte), femmes fortes et résilientes, qui composent avec la réalitéet gardent la tête hors de l’eau.
Isabelle Danel, Bande à part