Les deux scènes

Les deux scènes
  • Mercredi 3 Avril à 16h00
  • Vendredi 5 Avril à 20h15
  • Samedi 6 Avril à 18h30
  • Vendredi 12 Avril à 18h00
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€
PRÉCÉDÉ DU CAFÉ-CINÉ, le rendez-vous des spectateurs, ouvert à tous, samedi 6

WAJIB

ANNEMARIE JACIR – 1H36, PALESTINE, 2018

AVEC MAHMOUD MORE, MOHAMMAD BAKRI, SALEK BAKRI

Abu Shadi, 65 ans, divorcé, professeur à Nazareth, prépare le mariage de sa fille. Dans un mois, il vivra seul. Shadi, son fils, architecte à Rome depuis des années, rentre quelques jours pour l’aider à distribuer les invitations au mariage, de la main à la main, comme le veut la coutume palestinienne du « wajib ». Tandis qu’ils enchaînent les visites, les tensions entre le père et le fils remontent à la surface et mettent à l’épreuve leurs regards divergents sur la vie.

Le théâtre des opérations oscille entre la vieille Volvo familiale, les gens visités, et les rues qui relient l’une aux autres. Au premier de ces chapitres, outre les dissensions ordinaires qui peuvent aigrir les rapports entre un père et un fils, s’ajoute ici l’ordinaire d’une situation extraordinaire. La dignité bafouée. Le rapport à l’Histoire et à la tradition. Le choix d’une fiancée. La considération pour l’action de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). L’attitude à adopter face aux Israéliens, hostiles, et plus encore amicaux. Autant de questions qui hérissent les deux hommes, le vieux briscard de père étant plus porté à relativiser les idéaux et arrondir les angles que son rejeton, plus tempétueux et d’autant moins disposé au compromis qu’il ne vit plus ici. Le conflit entre le père et le fils recouvre ainsi l’oscillation douloureuse, kafkaïenne, dirait-on, de l’identité des Palestiniens d’Israël, qui ont fait le choix de rester dans un pays dont ils sont devenus citoyens mais qui leur demeure étranger.
Manifestement inspiré par le cinéma d’Elia Suleiman, Wajib en reprend l’un des motifs de prédilection : l’épuisement moral. Mais tant qu’il se trouvera un film pour avoir la force de le montrer, l’idée d’épuiser l’épuisement lui-même restera vivante.
Jacques Mandelbaum, Le Monde