Les deux scènes

Les deux scènes
Norteado

Norteado

RIGOBERTO PEREZCANO
1h34, Mexique, 2010

avec Harold Torres, Sonia Couoh, Alicia Laguna, Luis Cárdenas

Andrés, un jeune fermier originaire du sud du Mexique, essaie à plusieurs reprises de traverser illégalement la frontière nord-américaine. Mais, à chaque fois, le désert, la soif, et surtout les gardes frontières l'en empêchent. Entre chacune de ses tentatives, il découvre la ville de Tijuana et ses nombreux démons. C'est là qu'il rencontre Cata, Ela et Asensio. Avec leur aide, il va échafauder un plan des plus surréalistes et se lancer dans une ultime tentative...

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La critique de Jacques Mandelbaum, Le Monde

Eclose voici dix ans avec l'émergence du cinéaste Carlos Reygadas (Japon, Bataille dans le ciel...) sur la scène internationale, l'efflorescence du cinéma d'auteur mexicain est aujourd'hui chose acquise. Premier long métrage de fiction de Rigoberto Perezcano, venu du documentaire, Norteado apporte à ce corpus ordinairement dévolu à la cruauté des rapports entre maîtres et esclaves une touche de légèreté bienvenue. Ce n'est pas une raison pour le traiter par-dessus la jambe : rien n'est au contraire plus difficile ni plus admirable que d'évoquer légèrement un sujet douloureux.

Car on n'en sort pas : Norteado remet sur le tapis la question douloureuse de l'aliénation, de l'injustice et du rapport Nord-Sud, à travers le thème épineux de l'immigration illégale entre le Mexique et les Etats-Unis. Espoir d'une vie meilleure pour des millions de défavorisés d'Amérique latine, cette frontière est aussi un enjeu économique et idéologique pour la puissance nord-américaine, et un tombeau à ciel ouvert pour les malheureux candidats au rêve américain, pris entre l'étau de la police et les milices nationalistes du côté nord, et des réseaux clandestins qui ne s'embarrassent pas de bonnes manières côté sud.

Sur cette sinistre réalité, Norteado brode une fable drôle et aussi délicate que la musique de Debussy qui la berce, sans perdre pour autant de vue la monstrueuse ineptie de la situation. Le personnage principal, Andres, est un jeune fermier du sud du Mexique qui a laissé chez lui femme et enfants et traversé tout le pays pour tenter sa chance aux Etats-Unis. (...)

Héros taiseux

L'essentiel du film ne s'en déroule pas moins sur la base arrière de ce héros taiseux : la ville frontalière de Tijuana, où Andres est recueilli dès l'échec de sa première tentative par la tenancière d'une modeste épicerie, Ela, qui lui offre la couche et le travail. Cata, une jeune Indienne qui l'assiste déjà dans son travail, voit d'un mauvais oeil l'arrivée de ce nouveau venu, dont la serviabilité est appréciée de sa patronne. Il s'avérera bientôt que les deux femmes ont un point commun : laissées sans nouvelles et abandonnées par leurs hommes partis aux Etats-Unis, ces deux solitaires portent à Andres une attention plus intéressée qu'il n'y paraît. Tour à tour, elles séduiront Andres dans le même bar, sur la même musique, avec le même espoir de le garder.

Ce principe de répétition minimaliste qui gouverne le film ne fait pas seulement son charme. Il y introduit une belle réflexion sur le désir de liberté des hommes, qu'aucune frontière au monde ne saurait empêcher d'accomplir. Le remarquable final du film, ultime stratagème de passage dont on ne soufflera mot, mettra sur ce point tout le monde d'accord, avec une tristesse et une joie infinies.